La campagne officielle de l’élection présidentielle française est lancée. Le Conseil constitutionnel a validé onze candidatures. Pourtant, lors du premier débat télévisé, seuls cinq candidats ont eu l’occasion d’échanger sur leur programme et de présenter le type de présidence qu’ils désirent incarner. Ces cinq « grands » candidats que sont François Fillon, Benoit Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont été sélectionnés car les sondages leur prédisent plus de 10 % des voix. A côté d’eux, les « petits » candidats que sont Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle et Philippe Poutou font office de seconds rôles, voire de figurants. S’ils ont obtenu le droit de concourir, c’est qu’ils ont réussi à obtenir 500 parrainages d’élus, mais la question se pose concernant leur légitimité et leur utilité. Au-delà du débat sur le débat pour savoir s’il était normal de n’inviter que les grands candidats à la grande joute cathodique qui a d’ailleurs attiré près de dix millions de téléspectateurs, quelle place est faite à ceux qui n’ont pas l’opportunité d’avoir un espace médiatique qui leur donne l’occasion de faire sérieusement valoir leurs idées.

Nicolas Dupont-Aignan, indigné de ne pas pouvoir dialoguer avec les grands, n’a trouvé d’autre solution que de faire un coup d’éclat en quittant le journal télévisé de TF1 pour manifester son désaccord avec la chaine de n’être pas invité au débat. Il s’est ainsi privé d’un temps de parole, mais a fait parler de lui en créant le buzz. Avec un certain succès puisque la vidéo de son départ du JT a été vue plus de douze millions de fois et que les derniers sondages indiquent un vrai frémissement des intentions de votes le concernant. Réussira-t-il à aller plus loin et à rentrer dans la cour des grands ? Rien n’est moins sûr, mais il n’en est pas moins vrai que « pour être grand, il faut avoir été petit ». Une question qui se pose malgré tout est de savoir pourquoi ces « petits » candidats se présentent ? Pour certains, l’objectif est très clair : ils défendent une position qui n’est pas représentée par les « grands » candidats. Leur candidature a alors une vraie légitimité. D’ailleurs, on peut regretter l’absence d’un candidat écologiste qui aurait pu mettre en exergue cet enjeu majeur pour l’avenir de notre monde. Pour d’autres petits candidats par contre, on peut s’interroger si finalement la petitesse qui décrit leur candidature n’a pas pour égale la grandeur de leur égo. En d’autres termes, ils n’ont aucune illusion ni intention de devenir président, pas vraiment d’intérêt à défendre des idées qui soient fondamentales pour la France, mais surtout l’envie de se faire un grand coup de pub personnelle. Ceci étant dit, ce n’est pas l’apanage des petits candidats. Il est clair que les grands candidats ne sont pas non plus dépourvu d’un égo substantiel. Il est indéniable qu’il faut de l’ambition pour espérer devenir président de la République. L’ambition et la grandeur ne sont pas mauvaises en soi, mais la question est de savoir si c’est seulement pour se faire valoir ou si l’on se présente avec un véritable esprit de service, avec le désir de contribuer au développement de la nation et pour faire valoir des idées dont on a la conviction qu’elles sont bonnes pour le pays et pour tous.

 

Il est intéressant de se souvenir comment certains grand leaders évoqués dans la Bible ont accédé au pouvoir. Moïse a su faire face au Pharaon et mener le peuple hébreu hors de sa terre d’esclavage qu’était l’Egypte ; or, il n’a commencé sa mission qu’à la fin de sa vie après des débuts prometteurs puis une phase de retrait, d’échec même. C’est lorsqu’il est devenu « petit », c’est-à-dire presque insignifiant qu’il a finalement été appelé à un grande tâche. Dans des circonstances très différentes mais en application d’un même principe, David a été choisi pour devenir roi dans une situation où il était vraiment le « petit ». L’histoire nous raconte que le prophète Samuel était venu dans sa famille pour désigner le futur roi, pensant que ce serait l’un de ses frères aînés, mais c’est finalement le jeune dernier, peu considéré par son père comme par le prophète lui-même, qui a reçu l’onction et qui est devenu un grand roi ! Il y a là un principe divin qu’il n’est peut-être pas inutile de se rappeler et que Jésus a bien mis en évidence en affirmant : « Celui qui est le plus petit d’entre vous tous, voilà le plus grand » (Luc 9.48). Il ne s’agit pas d’affirmer que la meilleure solution pour l’avenir de la France se trouve parmi les petits candidats, mais il n’est pas inutile de rappeler que l’humilité est une vertu précieuse pour diriger. Si au moins la présence de petits candidats peut rappeler aux grands qu’« on a souvent besoin d’un plus petit que soi » selon la formule de Jean de la Fontaine, alors leur candidature n’aura pas été vaine.

 

Gabriel Monet

Le 22 mars 2017