Les Jeux Olympiques arrivent à leur terme et bientôt chacun fera le bilan. Au fil des compétitions, des commentaires, des réactions des uns et des autres, je me dis que cette quinzaine olympique constitue un miroir de notre société. Dans ce monde, nous sommes finalement toujours invités à vivre ou à voir les choses entre deux pôles : la joie et la peine, la réussite et l’échec, le solidaire ou le solitaire, ce que l’on peut maîtriser et les circonstances sur lesquelles nous n’avons pas de prise, la fraîcheur de la jeunesse et l’expérience des plus âgés…

Ces Jeux Olympiques nous parlent donc évidemment de la réussite et de l’échec. Certes, par définition il n’y a qu’un vainqueur dans chaque compétition, et on peut élargir la réussite à une présence sur le podium. Gagner une médaille semble assurément quelque chose de positif et peut être considéré comme une réussite. Cependant, les choses ne sont pas si simples. On a vu des deuxièmes ou des troisièmes très déçus car ils espéraient faire mieux. A l’inverse, parfois un top 10 est déjà une belle victoire. Marie Dorin-Habert a par exemple fini 4ème du sprint en biathlon et 9ème de la Mass Start. Or son commentaire à l’issue de la course était éloquent : « J’ai pris beaucoup de plaisir à faire partie du peloton de tête, à suivre aussi, à vivre un petit peu cette course de manière plus dirigée contrairement à ce à quoi j’ai été habituée en début de saison où j’ai subi énormément. Je suis contente de cette course. Après, il n’y a que les médailles qui comptent aux Jeux, on le sait bien, les neuvièmes places, on ne s’en souvient pas. Mais c’est pas grave, c’est comme la quatrième place du sprint, c’est déjà un beau défi qui a été réalisé. Aujourd’hui, c’est des belles choses. Je suis contente d’avoir couru avec un maillot qui a des anneaux dessus, je suis contente de plein de trucs. C’est déjà un pari réussi ». C’est peut-être cet état d’esprit qui lui a ensuite permis de gagner l’or en relais. En tous cas, la réussite est finalement toute relative et dépasse les seuls critères objectifs des résultats. Elle dépend de la joie que l’on peut éprouver non seulement en fonction de son classement mais aussi dans le seul fait d’être là et de participer, de se dépasser. Et puis, comme dans la vraie vie, les échecs sont là pour nous faire apprendre, progresser et nous permettre de rebondir. La joie de la réussite est d’autant plus intense qu’elle alterne avec la peine de l’échec.

Ces Jeux Olympiques nous parlent aussi de l’individualisme et de la solidarité. Certes, pour devenir un champion il faut une part d’égo qui permet de se dépasser et d’avoir une confiance en soi qui contribue à l’exploit. Pourtant, certains privilégient l’esprit d’équipe alors que d’autres ne pensent qu’à eux. Par exemple, d’un côté Martin Fourcade, après avoir gagné sa médaille d’or en relais mixte de biathlon, ne cherchait pas à attirer la lumière vers lui mais au contraire ne cessait de mettre en évidence les valeurs de l’équipe et de ses co-relayeurs, le rôle des personnes de l’ombre dans l’encadrement et il semblait presque plus heureux de cette victoire collective que de celles acquises en individuel. Très différente a été la réaction de Matthieu Faivre qui, après sa 7ème place en géant, était sollicité pour un avis sur le beau tir groupé des français dont quatre d’entre eux ont fini dans les sept premières places. Il a réagi en disant qu’il n’en avait rien à faire et qu’il était juste là « pour sa pomme ». Il faut certes relativiser cette réaction à chaud dite sur le coup de la déception, mais le contraste est saisissant. Matthieu Faivre a dû rentrer prématurément en France, exclu de l’équipe de France, alors que Martin Fourcade est valorisé pour son rôle de chef de délégation et la dynamique collective positive qu’il instille.

Comme dans la vie, lors de ces Jeux Olympiques il y a des éléments que l’on peut maîtriser et des circonstances sur lesquelles nous avons peu de prise. C’est ce qu’ont vécu en danse sur glace Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron alors que la tenue de la patineuse s’est malencontreusement décousue au début du programme court, les perturbant dans leur démonstration. Au final, même s’ils ont gagné le programme libre, ils ne finissent que deuxièmes et on comprend leur frustration de n’avoir probablement pas obtenu l’or pour des raisons aussi indépendantes d’eux. Il faut pourtant apprendre à l’accepter. On ne peut pas tout maîtriser. Comme il faut accepter aussi que les générations passent et que les jeunes viennent prendre le pas sur les plus anciens. La belle et surprenante médaille d’argent de Julia Pereira de Sousa en snowboard cross, alors qu’elle n’a que 16 ans et vient à peine d’intégrer le circuit de Coupe du monde, est magnifique mais d’une certaine manière difficile à accepter pour ses co-équipières plus expérimentées et qui étaient favorites. Mais le talent n’attend pas le nombre des années et puis la roue tourne. C’est la vie. Au final, l’essentiel est probablement que pour tous ces athlètes mais aussi pour chacun dans la course de la vie, nous puissions dire comme l’apôtre Paul : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Timothée 4.7) ou encore que l’essentiel est « d’accomplir sa course avec joie » (Actes 20.24).

Gabriel Monet

Le 22 février 2018