La France a un nouveau gouvernement et, comme annoncé par Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale, cela fait bouger les lignes, pour ne pas dire que cela fait exploser les frontières des partis politiques traditionnels. Ainsi, parmi les vingt-deux ministres, on retrouve, en plus de personnalités de la société civile, des socialistes, des républicains, des centristes et des « marcheurs » du nouveau mouvement macroniste… Tous les partis en dehors des extrêmes sont donc représentés. Cela interroge sur l’avenir des partis traditionnels qui d’une certaine manière sont déstabilisés. Arriveront-ils à faire valoir un programme et des idées leur permettant de se différencier et de marquer une identité propre notamment lors des prochaines élections législatives ? Par ailleurs, n’y a-t-il pas un risque avec une telle coalition de l’ensemble des partis dits « de gouvernement » que la seule alternative soit à l’avenir dans les extrêmes ? D’un autre côté, la France fonctionne depuis des décennies avec une opposition entre deux blocs, la gauche et la droite ; or cette fragmentation correspond à l’ère du temps. Du reste, dans de nombreuses démocraties européennes, cela fait bien longtemps que la seule manière de gouverner passe par des coalitions entre une diversité de partis, et ces pays s’en portent plutôt bien, même si dans le cas présent, on ne peut pas forcément parler de coalition. En tous cas, ce que j’ai envie de retenir de cette phase de la politique française est ce désir, cette intention, ce projet… d’essayer que des gens différents unissent leurs compétences pour travailler ensemble.

Il existe un très beau mot pour qualifier cette vision, c’est le terme « synergie ». Etymologiquement, il est l’association de sun « avec » et de ergon « œuvre, travail ». La synergie, c’est donc le fait de travailler ensemble, d’œuvrer solidairement. Ce mot est utilisé en physiologie pour évoquer l’association de plusieurs organes pour l’accomplissement d’une fonction. Il est aussi employé dans le monde de l’entreprise pour évoquer l’importance pour les collaborateurs ou les différents départements d’une entreprise d’œuvrer dans le même sens. Ainsi, la synergie est la valorisation de la complémentarité dans une organisation. D’une certaine manière, elle cherche à prendre en compte le constat qu’Aristote faisait déjà, à savoir que « le tout est plus que la somme de ses parties ». En d’autres termes, une véritable collaboration génère de meilleurs résultats que le fruit du travail d’individus chacun de leur côté. Je ne sais pas si cela fonctionnera de manière satisfaisante pour le nouveau gouvernement français, mais je pense qu’il y a là, au-delà de tous les petits calculs politiciens et les limites des approches partisanes qui risquent d’entraver les bonnes intentions, une belle idée qu’il vaut la peine d’essayer.

Si cette synergie semble se profiler avec le nouveau gouvernement français, cela constitue un bel idéal à tous les niveaux, de la famille à l’entreprise en passant par le monde associatif, sportif, ecclésial ou éducatif. Et cela demeure un défi dans le contexte individualiste qui marque nos sociétés. Même dans le football (ou d’autres sports) où par essence on joue en équipe, on a parfois l’impression que c’est devenu un sport individuel, chacun cherchant surtout à attirer la lumière à soi (et surtout les salaires qui peuvent en découler). La synergie, ce n’est pas abandonner son identité ou son profil spécifique, mais c’est chercher à conjuguer les talents, les expériences, les savoir-faire vers des buts communs, et pour le bien du plus grand nombre. C’est ce phénomène étonnant qui fait que lorsque l’on travaille en bonne harmonie, les énergies sont décuplées… ou en tous cas bien orientées. En effet, la notion de synergie est liée à celle d’énergie. Il est si facile de gaspiller une énergie étonnante pour s’opposer à ses collaborateurs, alors que la synergie vise finalement à canaliser et mutualiser les énergies pour œuvrer dans la même direction.

La notion de synergie est présente dans la Bible. Elle parait sous la forme d’un verbe pour évoquer la fécondité du lien et de la collaboration notamment entre Dieu et les humains. Mais on retrouve aussi l’idée de synergie dans les douze occurrences du mot sunergos, dont on voit bien la proximité sémantique avec le mot synergie, et qui signifie littéralement « ouvrier avec », « compagnon ». Littéralement, en français, un compagnon c’est celui ou celle avec qui l’on partage son pain. Or justement, la Bible montre toute la beauté et les potentialités d’œuvrer en commun, de partager, d’être solidaire plutôt que solitaire. Aujourd’hui, les nouveaux ministres français se retrouvent compagnons d’œuvre au service de la France. Puissent-ils œuvrer en synergie et réussir du mieux possible, c’est tout ce qu’on leur souhaite… Et puis, parce que nous aussi sommes tous amenés d’une manière ou d’une autre à vivre ou travailler avec d’autres, puissions-nous en faire des sunergos, des compagnons, dans une synergie qui conjugue le bonheur d’autrui avec l’épanouissement de soi pour le bien de tous.

Gabriel Monet

Le 17 mai 2017