La fin d’une chose vaut mieux que son commencement, dit-on. Or c’est déjà la fin de l’année ! Une de plus. Pour le meilleur ou pour le pire ? Quand on regarde les événements qui se sont passés depuis un an, on est en droit de s’interroger. D’un côté on peut déplorer la récurrence de trop nombreux attentats, les défis au niveau de l’emploi et de l’économie, trop de catastrophes et de guerres ou encore les dégradations écologiques ; mais d’un autre côté, il y a tant de belles histoires et de bonnes nouvelles qui pourraient être racontées. On préfère souvent parler des trains qui arrivent en retard et non de ceux qui arrivent à l’heure. Toujours est-il qu’une des réalités de l’actualité internationale, et notamment française, de ces derniers mois peut être caractérisée par un mot : « renouveau ». Cette année a été très électorale et le moins que l’on puisse dire est que l’ensemble de ces élections ont été marquées par un renouvellement assez radical des responsables politiques. Il y a indéniablement un désir de changement dans nos sociétés contemporaines. Après le Brexit, le nouveau visage que représentait Theresa May en Angleterre semble quelques mois plus tard déjà mis à mal alors que les législatives anticipées qui devaient lui donner une majorité encore plus large indiquent déjà un désir de changement. L’élection de Donald Trump était pour le moins inattendue et symbolise la volatilité des électeurs, puisque qu’à peine élu, les sondages montraient déjà qu’une majorité d’Américains regrettaient leur choix. En France, le nouveau et jeune président qu’est Emmanuel Macron a ouvert la voie à un Parlement assez radicalement remanié. Lors de la rentrée parlementaire qui vient d’avoir lieu, pas moins de 432 députés sur 577 le sont pour la première fois. Ce renouveau est aussi une réalité au niveau de l’âge des députés. Preuve du rajeunissement à l’Assemblée Nationale, il y a 32 élus qui ont moins de 30 ans, 103 qui ont entre 30 et 40 ans, et finalement seulement 107 qui ont plus de 60 ans. C’est tout à fait inédit, comme l’est d’ailleurs la proportion de femmes, puisqu’elles sont 224 à siéger dans l’hémicycle, bien plus que les 155 de 2012 ou les 107 de 2007. Ce renouveau en réjouit certains, en inquiète d’autres… Cela apporte un sang neuf bienvenu avec son corollaire de nouvelles idées et d’innovation mais ne se prive-t-on pas d’une expérience utile et importante ? En tous cas, il y a un temps pour tout et parier sur la jeunesse est le plus souvent un pari gagnant. Quant aux plus âgés, de nouvelles pages de vie et de nouvelles manières de servir peuvent les concerner. Jean-Pierre Raffarin l’a bien compris en ne s’accrochant pas à la vie politique et en mettant fin à son mandat de sénateur pour se consacrer à la création d’une ONG. Comme quoi, même les plus anciens peuvent être acteurs du renouveau.

Se tourner résolument vers l’avenir, ce n’est pas forcément oublier le passé. D’ailleurs, le 14 juillet prochain, Donald Trump siègera au côté d’Emmanuel Macron lors du traditionnel défilé des Champs-Elysées afin de célébrer les 100 ans de l’entrée en guerre des Américains pour aider notamment les Français. A l’heure où le renouvellement à la présidence des Etats-Unis semble plus inquiétant que le renouvellement politique français, il peut être bon pour construire l’avenir de se souvenir du passé. Non pas pour le regretter ou essayer de le retrouver, mais pour en apprendre les leçons comme l’on peut profiter de la sagesse des plus anciens, tout en ayant l’énergie des plus jeunes.

Dans la Bible, il est aussi question du vieux et du neuf, du renouveau. Au travers d’une parabole, Jésus évoque l’idée selon laquelle il importe d’avoir des outres neuves pour le vin nouveau. Mais si Jésus est acteur et penseur de la nouveauté, il a conscience que les changements sont parfois douloureux, mais aussi qu’il ne s’agit pas d’oublier qu’il y a du bon dans ce qui est vieux… puisqu’il affirme que le vin vieux est meilleur (Luc 5.36-39). Ainsi, pour Jésus, le renouveau n’est pas synonyme de coup de balai, d’exclusion des uns au bénéfice des autres. Il s’agit justement, dans un vivre ensemble constructif et dans une interaction fructueuse, de contribuer au renouveau incessant de tout et de tous. Ce n’est pas d’abord les étiquettes ou les titres qu’il faut changer, mais soi-même. Avoir un cœur nouveau, un esprit nouveau, tel est le gage d’une vie heureuse.

Cette quête d’une harmonie entre le vieux et le neuf qui permet malgré tout le renouveau peut être symbolisée dans l’une des belles histoires de cette année. A Faou dans le Finistère, Fernande, 81 ans, a pris l’initiative d’apporter une collation et sa bonne humeur aux ouvriers engagés dans un chantier de rénovation d’une des places de la ville. Depuis octobre et jusqu’à la fin du chantier ces derniers jours, elle a inlassablement et gratuitement apporté café et gâteaux faits maison aux jeunes travailleurs. Un bel exemple de renouveau qui balaie les habituels égoïsmes… où les anciens et les plus jeunes sont en synergie, où les personnes aux cheveux blancs manifestent une jeunesse d’esprit étonnante, et où le renouveau est surtout source de plus de fraternité.

Gabriel Monet

Le 28 juin 2017