La Coupe du monde de football commence et va tenir en haleine la planète entière pendant les semaines à venir. Qu’on aime le foot ou pas, il sera difficile d’y échapper. Lors du dernier mondial, près de la moitié de la population de la terre a été concernée, puisque 3,2 milliards de personnes ont vu au moins une minute d’un match. Cette année 32 équipes ont obtenu leur ticket pour la phase finale après 871 matches de qualifications et 2469 buts marqués. Le budget global est d’environ 10 milliards de dollars. Nous aurons droit à 64 matches dans 12 stades différents. La seule équipe à avoir participé aux 21 phases finales est le Brésil, et c’est logiquement elle qui a le plus de victoires à son actif, 5 ; suivie de près par l’Allemagne et l’Italie qui ont chacune 4 étoiles sur leurs maillots. Le meilleur buteur lors d’une même phase finale reste le Français Just Fontaine avec 13 réalisations ; c’était en 1958. L’Allemand Miroslav Klose est le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde, mais il lui a fallu participer à quatre coupes du monde pour en arriver là. Quant au but le plus rapide, c’est la Turquie qui est détentrice : en 2002, il aura fallu 11 secondes pour voir l’ouverture du score ! Pour gagner cette édition, faudra-t-il de la jeunesse ou de l’expérience ? En tous cas, l’équipe à la moyenne d’âge la plus âgée est le Costa-Rica. Et la plus jeune est la France : 26 ans de moyenne d’âge.

Au foot, le ballon est rond, comme la planète, mais pour l’un comme pour l’autre, on peut parfois se demander si tout tourne bien comme il faut. En tous cas, ce mondial de foot avec ses élans positifs mais aussi ses dérives, est une sorte de miroir de nos sociétés. A l’orée de ce mondial, cela m’inspire quelques réflexions… paradoxales !

On trouve dans le foot un premier paradoxe intéressant : la tension qui existe entre individualisme et communautarisme (qui peut parfois être une forme de nationalisme, ou tout simplement un esprit d’équipe). Il est intéressant de remarquer que dans les clubs, les liens d’attachement des joueurs aux dits clubs sont de plus en plus fragiles. C’est souvent les chèques qui font la décision plus que l’amour du maillot. Le foot est un sport d’équipe mais bien des joueurs cherchent à tirer la couverture à eux. L’attitude du Français Adrien Rabiot qui n’a pas été sélectionné et qui n’a même pas daigné rester sur une liste de remplaçants potentiels illustre cet égocentrisme. Et pourtant, à l’heure du mondial, où les clubs laissent la place aux équipes nationales, même si les égos n’ont pas disparu, il émerge une dynamique collective intéressante, que ce soit au sein des équipes ou à l’échelle des nations. Le village global dans lequel nous vivons génère malgré tout encore quelques beaux défis entre ses différents quartiers.

Dans le foot, l’argent déborde et les salaires des joueurs sont indécents, comme ceux des transferts, des droits télé ou autres. Pourtant, lors d’une coupe du monde, les sommes restent plus raisonnables et sont même soumises aux résultats !

Derrière le sport, la politique n’est jamais loin. A l’époque des Romains, donner du pain et des jeux aux citoyens avait pour fonction de noyer les revendications et de calmer les récriminations. Nul doute que si la manière de donner du pain et des jeux a changé, les effets demeurent. Il ne faut pas être prophète pour deviner que dans les prochaines semaines les grèves vont aller en diminuant, les polémiques seront moins nombreuses et que certains esprits vont se calmer. Cela a commencé en Russie au matin même du premier match puisque l’opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, a été libéré après avoir été arrêté il y a un mois lors d’une manifestation. Le militant a su réagir avec humour puisqu’il a tweeté : « Terriblement heureux d’être libre » en ajoutant un photomontage où il sort de prison ballon au pied !

Enfin, dernier paradoxe, nul doute qu’il y aura une équipe championne du monde 2018 ; mais il n’est pas sûr qu’il y aura un seul vainqueur. Ni que tous, dans l’équipe qui l’emportera, seront gagnants. Dans la vie, la victoire prend parfois des chemins étonnants. Dans le sport, dans les relations, dans le travail, dans les études, dans la vie en général, la réussite n’est pas toujours celle que l’on imagine. L’essentiel est que chacun donne le meilleur de soi, accueille les événements avec philosophie, ait de la joie dans ce qui est vécu. Cette vision-là peut d’ailleurs trouver des fondements très riches dans l’attitude de Jésus qui, aux yeux de la majorité, semblait avoir échoué en étant crucifié, alors qu’étonnamment son humilité, son renoncement et même son apparente défaite, ont finalement été le passage obligé et le tremplin d’une formidable victoire. Alors peut-être que l’important n’est pas tant de gagner la Coupe du monde que d’y trouver du plaisir, quel qu’il soit !

Gabriel Monet

Le 14 juin 2018